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Vers un dépistage des cancers par biopsie liquide en temps réel

Découvrir l’existence d’un cancer par une simple prise de sang est désormais envisageable montre une étude pilote publiée dans la revue Science par des chercheurs américains de l’École de médecine de l’Université Johns Hopkins à Baltimore (Maryland).

Ils ont réussi à déceler huit types de cancers pas encore métastasiques chez plus de mille patients en combinant la détection dans l’ADN circulant de 16 gènes souvent mutés dans les cancers avec 8 marqueurs protéiques classiques de ces maladies. La sensibilité de leur test, le CancerSEEK, était variable, 98% pour les cancers du foie ou de l’ovaire, 60% et 70% pour les cancers digestifs et du poumon mais seulement 10% pour les cancers du sein au premier stade. Sa spécificité était bonne avec un taux de faux positifs inférieur à 1%. L’utilisation d’un algorithme d’apprentissage automatique aux mesures de 39 marqueurs protéiques a même permis la localisation des cancers dans plus de la moitié des cas, le tout pour un coût inférieur à 500 dollars le test. « C’est un très beau travail, note Valérie Taly, spécialiste du sujet à l’Université Paris Descartes, notamment pour identifier des cancers comme celui du poumon où nous n’avons pas de marqueur sanguin efficace et pas toujours accès au matériel issu d’une biopsie tumorale ». Les nouvelles techniques d’amplification et de séquençage d’ADN peuvent déceler les quantités infimes d’ADN libérées dans le sang après la mort de cellules cancéreuses. Plusieurs sociétés proposent déjà la caractérisation sur « biopsie liquide » de cancers comme ceux du côlon ou du poumon. En Europe, ce sont notamment le belge Biocartis, le britannique Inivata, les allemands Neo New Oncology et Agena Bioscience ou le suédois SAGA Diagnostics. De plus, un consortium européen associant plus de 37 partenaires de recherche publics et privés se développe depuis 2015 pour coordonner les efforts d’analyse des cellules tumorales et de leur ADN dans le sang.

« Aux États-Unis, le secteur est en ébullition avec l’émergence de nombreuses start-up » ajoute Valérie Taly. Parmi les plus ambitieuses, on compte la société Grail, soutenue par le fabricant de séquenceur Illumina et le géant du e-commerce Amazon, qui s’est lancée dans le séquençage massif de l’ADN tumoral circulant (ADNtc) de dizaines de milliers de patients. C’est aussi le but de Guardant qui prévoit de séquencer l’ADNtc d’un million de patients en cinq ans à l’aide d’un test déjà commercialisé qui donne la séquence de 73 gènes associés aux cancers les plus courants.

Une approche parallèle plus ancienne mais aussi en plein essor est la détection et la caractérisation des cellules tumorales circulantes (CTC) dans le sang. « Ces cellules nous fournissent des indices de première main sur les formes les plus agressives de la tumeur et ceux-ci nous permettront à terme d’arriver à une médecine de précision » souligne Catherine Alix-Panabières, pionnière du sujet au CHU de Montpellier. « Dès 2002, nous avons breveté un système unique de détection des CTC, l’EPISPOT, et une méthode comparable, CellSearch®, est déjà commercialisée depuis 2004 en France et aux États-Unis. Nous développons désormais un système de culture en microgouttes de CTC individuelles, l’EPIDROP, avec l’ESPCI à Paris ». La détection des CTC dans le cancer du sein a déjà une plus grande valeur pronostique que les marqueurs protéiques classiques, et leur absence ou faible nombre pourrait justifier un traitement plus léger qu’une chimiothérapie. Là encore, la détection et la caractérisation génétique précoce du cancer primaire ou en récidive permettrait un traitement beaucoup plus rapide et ciblé, deux facteurs clés pour éliminer les cancers les plus mortels. « Nous pourrons bientôt connaître l’efficacité d’un traitement anti-cancéreux en quelques jours et non plus en quelques mois » s’enthousiasme Catherine Alix-Panabières, co-organisatrice d’un congrès international sur le sujet à Montpellier en mai prochain. Si dépister le cancer par une simple prise de sang reste un objectif éloigné, son identification chez les patients en vue d’un traitement adapté est en train de devenir réalité.

http://science.sciencemag.org/content/359/6378/926

www.cancer-id.eu

www.ismrc2018.com/en/

Pierre Kaldy, le 2 mars 2018.

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