Une vision stratégique de l'actualité scientifique et technologique du secteur des biotechnologies.

Microbiote et contaminants alimentaires : une mycotoxine amplifie l’action génotoxique d’une bactérie intestinale

Pâtes alimentaires : variétés de forme et de couleur.. © Inra, WEBER Jean

Des chercheurs de l’Inra et leurs partenaires1 ont étudié chez l’animal les conséquences de la présence simultanée dans l’intestin d’un certain groupe de bactéries du microbiote et d’un contaminant alimentaire courant, le déoxynivalénol (DON). Ils montrent que la présence de cette mycotoxine renforce le caractère génotoxique des bactéries, c’est-à-dire augmente le nombre des cassures sur les brins d’ADN des cellules intestinales, phénomène pouvant conduire à l’apparition de cellules cancéreuses. Ces travaux posent en particulier la question de la synergie entre contaminants alimentaires et microbiote intestinal vis-à-vis du processus de cancérogenèse colorectale.

Le microbiote intestinal comporte chez l’Homme quelque 100 000 milliards de bactéries d’une très grande diversité. Escherichia coli, l’une d’entre elles, est très commune et comporte différents groupes. Les bactéries E. coli du groupe B2 produisent une substance génotoxique, c’est-à-dire qui produit des dommages sur l’ADN des cellules intestinales, appelée colibactine. On note aujourd’hui une augmentation des bactéries du groupe B2 dans le microbiote intestinal des populations des pays industrialisés.

Fusarium gramineraum, un champignon producteur de déoxynivalénol© Inra, Sylviane BAILLY

Fusarium gramineraum, un champignon producteur de déoxynivalénol© Inra, Sylviane BAILLY

Les mycotoxines sont les contaminants naturels les plus couramment présents dans l’alimentation humaine et animale. L’une d’elles, le déoxynivalénol ou DON, est produite par des moisissures de la famille des Fusarium se développant principalement chez les céréales. Les populations humaines y sont largement exposées en Europe et en Amérique du Nord par leur alimentation. En France et en Europe, l’exposition de certaines fractions de la population, en particulier les enfants, dépasse les valeurs toxicologiques de référence pour cette toxine.

Les chercheurs de l’Inra et leurs partenaires ont étudié in vitro et in vivo chez l’animal, les conséquences de la présence simultanée dans l’intestin de Escherichia coli produisant la colibactine et de DON.

Chez les animaux possédant les bactéries capables de produire la colibactine et ayant été exposés au DON par leur alimentation, les dommages sur l’ADN des cellules intestinales sont significativement plus nombreux, en comparaison avec des animaux ne produisant pas la colibactine. Ils montrent ainsi que la présence de la mycotoxine renforce le caractère génotoxique des E. coli du groupe B2.

Ces premiers résultats fournissent de nouvelles données interrogeant la synergie possible entre contaminants alimentaires et microbiote intestinal. Les chercheurs vont poursuivre leurs travaux pour comprendre le mécanisme en jeu dans le renforcement de cette génotoxicité en présence de DON, et des études sont envisagées pour compléter les observations jusqu’à un stade avancé de la cancérogenèse colorectale.

1Les partenaires de l’Inra pour ces travaux : Inserm, Université Toulouse III – Paul Sabatier, ENVT.

Similar posts
  • Le biocontrôle par la microbiologie de sols   Tribune libre de Christian Huyghe, directeur scientifique de l’INRA Le sol est riche en matière organique et extrêmement riche en microbes ; ce « microbiote » est dépendant de l’histoire de la parcelle et il conditionne ses potentialités agronomiques : la capacité à faire pousser, c’est ça qui va déterminer la minéralisation de l’azote, la libération du [...]
  • Inquiétude sur le dioxyde de titane dans l’alimentation   Les enfants seraient deux à quatre fois plus exposés au dioxyde de titane que les adultes du fait de leur consommation de confiseries comme en a alerté dès juin 2016,  Agir pour l’environnement révélant la présence de cet additif alimentaire (E171) en contenant dans des biscuits LU, des chewing-gums Malabar et la blanquette de veau [...]
  • L’INRA publie une étude sur les effets de l’ingestion de l’additif alimentaire E171 L’INRA a publié le 20 janvier dans la revue Scientific Reports (Nature) une étude sur les effets de l’ingestion de nanoparticules de dioxyde de titane : lésions pré-cancers, immunité altérée, pénétration de la paroi intestinale. Des chercheurs de l’Inra et leurs partenaires1 ont étudié les effets d’une exposition orale au dioxyde de titane, un additif [...]
  • Résistance aux antibiotiques : un défi mondial! En partenariat avec RT Flash Découverts par hasard en 1928 par Alexander Flemming, les antibiotiques constituent incontestablement l’une des plus grandes avancées scientifiques et médicales du siècle dernier et ont permis de diviser par vingt, entre 1930 et 1980, la mortalité liée aux maladies infectieuses et bactériennes. Malheureusement, un usage généralisé et excessif de ces [...]
  • 3 nouveaux succès dans les projets labellisés IAR     Le pôle Industrie Agro-Ressources a annoncé que les projets européens LIPES (projet de démonstration) et ZELCOR (projet de recherche) ont passé avec succès la phase d’évaluation du dernier appel à projets du Partenariat Public-Privé Bio-Based Industries (PPP BBI).  Le projet VITI OPTIMUM 2.0 est quant à lui sélectionné au 21ème appel à projets [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Dernière Lettre parue

Cliquez sur l'image pour accéder à la lecture via Calaméo (accès réservé aux abonnés)
Cliquez sur l'image pour accéder à la lecture via Calaméo (accès réservé aux abonnés)

Abonnement

(abonnement aux éditions de la Lettre et accès intégral au site)

Abonnez-vous à notre newsletter gratuite

Mab Design