Une vision stratégique de l'actualité scientifique et technologique du secteur des biotechnologies.

Le plasma froid enflamme l’industrie cosmétique

Quand les sciences dures rencontrent la cosmétique, le potentiel de développement semble inépuisable. C’est du moins ce que suggère la success story du Plasma Jet, une source de plasma froid qui séduit les géants du secteur. Rencontre avec Éric Robert du Groupe de recherches sur l’énergétique des milieux ionisés (Gremi), CNRS/ Université d’Orléans, qui développe cette technologie.

Qu’est-ce que le plasma froid ?

Les plasmas sont le fruit de décharge électrique dans un gaz. L’ionisation du gaz entraîne à la fois de la chaleur et un champ électrique qui peuvent interagir avec la matière. L’exemple de plasma le plus connu est l’éclair. Pour créer des applications sur la peau, notre laboratoire a conçu le Plasma Jet, un appareil qui produit des plasmas à des températures inférieures à 40°C. Nous avons ensuite collaboré avec le Centre de biophysique moléculaire (CNRS/Université d’Orléans) afin d’évaluer son potentiel pour des applications biologiques.

Eric Robert - crédit photo Arnaud Lombard

Eric Robert, directeur de recherche CNRS – crédit photo Arnaud Lombard

Comment avez-vous pensé aux applications cosmétiques ?

Nous avons d’abord travaillé sur des applications pour traiter les tumeurs. En effet, le plasma froid permet de ralentir la croissance tumorale. En combinaison avec des chimiothérapies, nous observons aussi des résultats très intéressants. Ces applications oncologiques sont en cours d’exploration. Mais les premières données ont montré que l’application du plasma froid sur la peau entraîne une amélioration de l’oxygénation des tissus, ce qui est intéressant pour traiter les cancers mais aussi en cosmétique. Comme notre laboratoire est installé dans la Cosmetic Valley, nous avons profité de l’écosystème pour explorer ce champ d’application.

Quels sont les effets cosmétiques du plasma froid ?

Le plasma froid ne pénètre pas très profondément dans la peau, de quelques fractions de millimètre seulement. Mais il génère des espèces chimiques qui interagissent avec le tissu, ainsi qu’un champ électrique qui peut jouer un rôle dans l’environnement biologique. En jouant sur les paramètres physiques du plasma (fréquence, temps d’application, gaz utilisé…), nous tentons de cibler spécifiquement les mélanocytes, les kératinocytes ou les fibroblastes. Nous sommes donc en train d’évaluer des effets potentiels sur la pigmentation (effacer des tâches par exemple) ou anti-âge (texture, élasticité, rides).

Comment développez-vous ces applications ?

Depuis 2015, nous bénéficions du soutien du programme Cosmétosciences de la région Centre-Val de Loire et de l’université d’Orléans. La Cosmetic Valley permet également de rencontrer des acteurs du secteur. Nous travaillons ainsi sur le développement d’une source multi-jet, professionnelle ou portable à destination de grand public, avec la multinationale américaine Thermo Fisher Scientific (ex-Eneal). Nous espérons qu’un Plasma Jet compact destiné aux instituts de beauté sera disponible d’ici deux ou trois ans. Nous établissons en parallèle la preuve de concept des effets cosmétiques du plasma froid seul.
Le plasma froid peut également activer des formulations cosmétiques ou favoriser leur biodisponibilité. C’est un autre champ d’investigation que nous développons en collaboration avec le Centre de biophysique moléculaire avec le soutien de la division cosmétique du groupe LVMH-Recherche, dans le cadre d’une thèse Cifre.

(crédit : GREMI/CNRS)

Le PlasmaJet en fonctionnement (crédit : GREMI/CNRS)

Un fort potentiel récompensé

La technologie de plasma froid développée par le laboratoire français Gremi ne séduit pas que l’écosystème français de la beauté. En mai 2017, elle a été lauréate des Cosmestic Victories, une compétition internationale promue par la Cosmetic Valley et l’Essec. Éric Robert a ainsi remporté le prix académique, décerné par un jury international accueillant des personnalités du monde académique mais aussi des représentants des groupes leader du marché, LVMH, Clarins, Sisley et Shiseido pour l’édition 2017.

Similar posts
  • Une convention de mécénat entre la Fondation Paris-Reims et Fondagen Si les bioraffineries représentent la pierre angulaire de la bioéconomie, les biotechnologies industrielles constituent le « cœur vivant » des bioraffineries. Une convention de mécénat a été signée le jeudi 26 octobre 2017 au Sénat entre la Fondation Paris Reims et Fondagen. Issue d’une région fortement engagée dans la bioéconomie, notamment via le pôle IAR, [...]
  • Euglena, de l’aliment au biocarburant Vous devez être abonné(e) et connecté(e) pour voir entièrement ce contenu. Veuillez Login pour accéder au [...]
  • Cosmetic 360 : innovation renforcée Tribune libre de Franckie Béchereau, directrice du salon international COSMETIC 360 Le paysage des salons parfumerie-cosmétique est bousculé depuis 2015 par Cosmetic 360, vitrine mondiale de l’innovation sous toutes ses formes au service de la Beauté de demain. Les 200 exposants internationaux sont autant d’acteurs de l’innovation ; les 4000 visiteurs autant de top managers [...]
  • Deinove change de stratégie Vous devez être abonné(e) et connecté(e) pour voir entièrement ce contenu. Veuillez Login pour accéder au [...]
  • Forum Blue Cluster : Pôle Mer Bretagne Atlantique Vous devez être abonné(e) et connecté(e) pour voir entièrement ce contenu. Veuillez Login pour accéder au [...]

Aucun commentaire jusqu'à présent.

Laisser un commentaire

Dernière Lettre parue

Cliquez sur l'image pour accéder à la lecture via Calaméo (accès réservé aux abonnés)
Cliquez sur l'image pour accéder à la lecture via Calaméo (accès réservé aux abonnés)

Abonnement

(abonnement aux éditions de la Lettre et accès intégral au site)

Abonnez-vous à notre newsletter gratuite

Immunotherapies for infectious deseases