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Le diagnostic olfactif : tellement simple que ça n’intéresse personne ?

De Roland Salesse, Directeur de recherche honoraire à l’Institut National de la Recherche Agronomique, organisateur de la semaine du cerveau

 Roland-Salesse-Portrait

En 2003, un consortium de laboratoires, dont le nôtre à l’INRA de Jouy-en-Josas, lance le programme « Spot-Nosed », financé par la commission européenne, destiné à concevoir de nouveaux senseurs d’odeurs ultraminiaturisés, des nez « bioélectroniques » mimant le fonctionnement de l’appareil olfactif. Longtemps négligé, notre nez est en effet l’analyseur chimique le plus performant qui soit : analyse en temps réel de centaines de milliers de molécules, discrimination de produits chimiques très proches, fonctionnement en continu. En 2006, un prototype de laboratoire a fonctionné pour la première fois.

Depuis, on a vu se multiplier les rapports indiquant que les chiens et même les rats pouvaient déceler des maladies graves quasiment à coup sûr, et quelquefois avant les analyses cliniques. En parallèle, des mesures chimiques plus classiques ont montré qu’on pouvait diagnostiquer des cancers ou des pathologies infectieuses, voire des maladies psychologiques, grâce à leurs émanations olfactives. On comprend tout l’intérêt de ces méthodes : elles sont non-invasives (on « renifle » simplement l’haleine ou l’odeur corporelle ou les urines des patients), elles peuvent fonctionner en continu (par exemple pour surveiller les signes précurseurs d’accidents vasculaires) enfin, les détecteurs, très bon marché pourraient fonctionner « à la maison » et se brancher sur un smartphone pour envoyer directement les résultats au médecin.

Si la vieille Europe semble frileuse pour passer aux applications, les Coréens viennent d’organiser coup sur coup deux congrès sur l’olfaction électronique et l’on peut compter sur eux pour industrialiser rapidement les prototypes issus de la recherche. Cependant, devant les publications scientifiques de plus en plus nombreuses, le monde médical commence à s’intéresser au diagnostic olfactif qui, enseigné dans la « vieille médecine », avait disparu des programmes depuis des années. Alors, demain, des « nez bioélectroniques » pour ne plus creuser le trou de la sécu ?

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