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« Itunisation » de la société

La 15ème édition du Forum Paris Biotech Santé a été planifiée de main de maître par l’équipe du Pr Olivier Amédée-Manesme, le directeur de l’incubateur situé à l’Hôpital Cochin. Il a été introduit par  son président, Frédéric Dardel, le président de l’Université Paris-Descartes. Pour la seconde table ronde sur l’entrée en bourse des entreprises de santé, témoignaient des anciens de l’incubateur de Cochin, qui ont franchi le pas et connu des succès fulgurants depuis : Ose Immunotherapeutics cotée sur Euronext et DBV Technologies dont le business model autour du patch sur l’allergie à l’arachide fait rêver : c’est la biotech française la mieux valorisée depuis son introduction au Nasdaq en 2014, avec plus d’1,7 Mds$ de capitalisation boursière.

La première table-ronde, quant à elle, traitait du big data (ou pilotage de gros volume de données), autour d’un panel de choix : le Dr Laurent Alexandre, directeur de DNA Vision, Henri Verdier, responsable de l’ouverture des données publiques au sein du gouvernement, Philippe Tcheng, Vice-Président des relations gouvernementales France chez Sanofi, Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, et Patrick Errardt, président du LEEM. « Commençons par  organiser ces données en développant des algortithmes pour améliore l’efficience du soin (prescription diagnostic, thérapeutique » déclare ce dernier.   » Finis les algorithmes à la papa, ils sont inadaptés à l’ère du deep learning et de l’IA » a tranché Laurent Alexandre péremptoire « Sur 3 milliards de bases ADN, il y a 2 millions de sites connus pour des mutations, et il y en a probablement 1 milliard. Nous savons que nous avons deux millions de mutations par rapport au golden standard de notre génome. Il faut des cohortes de 100 à 200 millions de patients pour faire des logiciels de diagnostic. A l’échelle de notre pays, nous avons des petites cohortes. Ce n’est même pas à notre portée, nous allons passer à une échelle européenne ou internationale avec des acteurs comme Baidu ou Ali Baba qui s’intéressent à l’IA et à la génétique.

Et ça pour des raisons de microéconomie. L’investissement va être considérable, entre 10 et 100 milliards de dollars, et nous allons connaître dans la médecine des effets de taille critiques. Le coût marginal d’utilisation de ces logiciels sera nul ensuite » poursuit Laurent Alexandre. Pour atteindre cet objectif, il n’y aura pas 1500 plateformes, tout au plus une quinzaine au niveau mondial. Cela se fera donc à au niveau d’oligopoles, à l’échelle transnationale. « Et dire qu’il a fallu 50 ans pour qu’on se rende compte qu’une molécule utilisée dans les années 60 améliorait l’état des patients diabétiques . Et là ce n’est pas la France qui est en cause mais le système à l’échelle mondial. Philippe Tcheng s’est empressé de préciser que si Sanofi, spécialiste du diabète, avait signé une joint-venture à 50/50 avec Google Life Science c’était bien en vue d’élargir le spectre des données au niveau international avec une grande ambition de mieux soigner les patients diabétiques. ».  Avec les tablettes et les smartphones on est en train d’inventer une image digitale du monde. Il y a longtemps que des sociétés américaines prédisent le diabète en configurant votre style de vie d’après vos données. Les conséquences les plus importantes sont presque sociologiques, la frontières entre des données de santé, de bien-être ou de vie s’amenuise. Le barycentre se déplace et, face à Apple ou Microsoft, nous avons perdu le pouvoir. (…) Rien ne nous empêche de réfléchir au modèle social que nous allons fabriquer » déclare Henri Verdier qui, au sein même du ministère, déplore l’insuffisance de la mobilisation pour prendre position dans le big data :« Il faudrait que nos élites s’intéressent à l’informatique. Le plus inquiétant est ce défaut global de pensée en informatique, pas seulement en France, même aux Etats-Unis» considère-t-il.

 

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