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FINDMED soutient l’industrie du médicament

 

Interview de Damien Salauze, pharmacien et homme d’entreprise. Il décrit le projet FINDMED (Filière INDustrie du MEDicament) lancé en 2015.

 

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le projet FINDMED ?

FINDMED est un consortium de 12 instituts Carnot qui s’est créé en 2015 pour contribuer à soutenir l’industrie du médicament en France, et ce, en réponse à la demande de l’Etat. En effet, 15 filières de reconquête industrielle avaient été identifiées par le gouvernement en 2012, ces 15 filières correspondant à des secteurs d’activités pour lesquels la France dispose d’avantages compétitifs majeurs en termes de savoir-faire industriel et académique : tissu industriel dense, et recherche académique fondamentale et/ou appliquée à la pointe du progrès. En réponse à cette demande de l’Etat faite aux instituts Carnot, 7 à 8 projets avaient émergé, dont FINDMED dans le domaine du médicament, mais également des projets dans les domaines de l’aéronautique, de l’automobile, de l’énergie, du luxe, … Tous ces projets sont en fait des consortia d’instituts Carnot dont les compétences sont complémentaires et dont l’objectif commun est d’apporter aux entreprises, et notamment aux PME créatrices d’emplois, un accès à des savoir-faire académiques susceptibles d’améliorer leur compétitivité.

Dans le domaine du médicament, les TPE/PME/ETI sont très nombreuses (environ 800 en France), qu’elles développent des molécules ou qu’elles aient une activité de prestation de service auprès des industriels de la pharmacie, petits ou grands, français ou étrangers. Lors de discussions préalables avec leurs représentants, il était apparu qu’à la différence des grandes entreprises, il leur était parfois difficile d’accéder aux savoir-faire académiques, et qu’il leur était aussi parfois difficile d’accéder à certaines plateformes technologiques de pointe dont elles avaient besoin pour un temps limité. Il nous a semblé qu’il était pertinent de leur en faciliter l’accès.

En pratique, quelles actions mettez-vous en place depuis bientôt 2 ans pour ces entreprises ?

Afin d’être le plus coût-efficaces possible, nous avons pensé nos actions dans une logique de complémentarité avec ce qui existe déjà (Pôles de Compétitivité, SATT, organisations professionnelles, …), afin d’éviter le travers du « millefeuille ». Après avoir fait un inventaire des différents savoir-faire et des différentes plateformes des 12 instituts Carnot partenaires du projet, nous sommes entrés dans une phase de prospection auprès des entreprises ciblées grâce aux 5 chargés d’affaires recrutés qui rencontrent les entreprises une par une. Lors de ces rencontres, nous essayons d’identifier ce sur quoi elle bute dans son développement et nous essayons d’imaginer lequel de nos experts pourrait l’aider à trouver une solution à son problème, que ce soit via la mise en œuvre d’un programme de recherche avec un laboratoire ou une plateforme technologique de notre réseau, ou encore via la mise en relation avec un spécialiste du développement de produits. Les expertises de notre réseau sont très variées et vont de la chimie médicinale à la recherche clinique en passant par la galénique, la biologie cellulaire, la génétique, l’imagerie ou les modèles animaux, et ce, dans des domaines aussi différents que le cancer, l’infectiologie, les neurosciences, l’ophtalmologie ou les maladies rares, qu’il s’agisse de médecine humaine ou vétérinaire. Il arrive cependant que nous fassions appel, si nécessaire, à des expertises externes.

Qu’apportez-vous de plus que les Pôles de Compétitivité ou les CRO ?          

Quand une entreprise est membre d’un pôle de compétitivité, elle bénéficie d’un accès facilité aux laboratoires académiques et aux CRO environnants, ainsi qu’aux experts issus de groupes plus importants. Là où nous sommes très utiles, est pour faire se rencontrer une entreprise d’une région avec un laboratoire académique ou une CRO d’une autre région. Nous avons à cet égard des exemples de problèmes qui ont été résolus grâce à la mise en relation entre acteurs qui sans nous n’auraient eu qu’une infime probabilité de se rencontrer, soit pour des raisons géographiques, soit pour des raisons d’appartenance à des écosystèmes thématiques différents. Internet ne fait pas tout … ! Nombre de PME que nous rencontrons nous indiquent être agréablement surpris que quelqu’un fasse la démarche de venir les rencontrer chez eux et de s’intéresser à leurs difficultés. Le facteur humain a encore de beaux jours devant lui.

S’agissant des CRO (Contract Research Organization), nous ne faisons en fait pas la même chose, et une entreprise ne s’adresse pas indifféremment à une CRO ou à un laboratoire académique pour répondre au même type de question. Une CRO est plus performante qu’un laboratoire académique pour mettre en œuvre une expérimentation bien normée, avec tous les contrôles requis par les autorités d’enregistrement, notamment grâce à des données historiques nombreuses et à des conditions de prix souvent bien inférieures à ce que pourrait proposer un laboratoire académique (à condition qu’il prenne bien en compte l’ensemble de ses coûts).  A l’inverse, une structure académique est surtout intéressée par ce qui est exploratoire et par ce qui cherche à expliquer l’inconnu ou l’incompréhensible (y compris les études cliniques dont les processus sont certes très standardisés mais dont le design est le plus souvent affaire d’experts académiques). Avec l’inconvénient qu’il est difficile de pouvoir garantir les résultats à échéance précise dès lors qu’il s’agit d’explorer l’inconnu. CRO et structures académiques sont donc totalement complémentaires.  Les CRO sont d’ailleurs souvent des PME et, à ce titre, font partie des entreprises que nous avons mission d’aider. Elles nous demandent ainsi parfois l’accès à certaines de nos plateformes technologiques pour pouvoir répondre à la demande de certains de leurs clients. Il n’est pas rare non plus que nous leur adressions des clients potentiels lorsque nous constatons que les entreprises avec lesquelles nous sommes en contact ont des problématiques qui sont de leur ressort plutôt que du nôtre.

Qui sont les instituts Carnot partenaires, et tout d’abord qu’est-ce qu’un Institut Carnot ?

Les instituts Carnot sont des centres de recherche académiques à qui l’Etat a attribué le label Carnot pour leur capacité à mettre en œuvre des partenariats de recherche de qualité avec les entreprises, en réponse aux problématiques exprimées par les entreprises. Ces instituts sont actuellement 38 en France, positionnés sur des domaines extrêmement variés. Le Comité Carnot, qui étudie les dossiers de candidature et de renouvellement, est essentiellement constitué de représentants issus du monde de l’entreprise. Ce label n’est que temporaire, avec obligation d’être dans une démarche constante d’amélioration.

Pourquoi « Carnot » me direz-vous ? Cela fait référence au grand physicien éponyme, à qui les manufacturiers (nos industriels de l’époque) avaient demandé d’améliorer le rendement de la machine à vapeur. C’est en s’attelant à cette problématique très appliquée, que Carnot découvrit le second principe de la thermodynamique qui lui aurait certainement valu le Prix Nobel s’il avait existé à cette époque-là. Ce choix illustre donc le fait qu’il est possible pour un chercheur académique de faire de grandes découvertes fondamentales en essayant de résoudre des problèmes appliqués, ce qui n’est pas toujours une démarche naturelle chez certains chercheurs français.

FINDMED regroupe quant à lui 7 instituts dont le médicament et la santé sont des thématiques essentielles : Pasteur Microbes et Santé (Institut Pasteur), Curie-Cancer (Institut Curie), Voir et Entendre (Institut de la Vision), l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière, France Futur Elevage (INRA), CALYM (lymphome), et Imagine (maladies rares), et 5 instituts dont certaines des thématiques sont complémentaires des précédentes : Chimie Balard Cirimat (chimie, galénique), Innovation Chimie Carnot (chimie médicinale, bioproduction), MINES (galénique), l’INRIA (bio-informatique), et TN@UPSaclay (CEA-List).

damien-salauzeDamien Salauze est Docteur en pharmacie, Pharmacien-Biologiste, titulaire d’un Doctorat en Biotechnologie, et du MBA de l’INSEAD. Il est par ailleurs membre de l’Académie Nationale de Pharmacie. Après son internat, Damien Salauze a participé à un projet de création de nouveaux antibiotiques par recombinaison génétique à l’Institut Pasteur. Il a ensuite exercé diverses fonctions dans l’industrie pharmaceutique chez Rhône-Poulenc devenu Aventis (aujourd’hui Sanofi) : Chef d’un service de toxicologie, puis Chef de produit (lancement de Taxotère®) et enfin Directeur marketing international pour l’Oncologie. Il a ensuite rejoint le fonds de capital-risque Auriga Partners avant de devenir le dirigeant de deux start-ups : Novagali Pharma puis Sepal Pharma. Avant de prendre la direction de FINDMED, il était Directeur du département brevets et partenariats industriels de l’Institut Curie, et Directeur de l’institut Carnot Curie-Cancer.

 

 

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