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Dessiner un arc en ciel entre la Chine et la France.

Dix jours après de la victoire de Donald Trump aux présidentielles américaines se déroulaient le 18 novembre les 2èmes rencontres France Chine en santé au siège de bpifrance. La cinquième table-ronde de la journée, consacrée aux fonds d’investissements, réunissait la fine fleur des capitaux risqueurs français et le N°1 des fonds chinois, IDG Capital. Elle était animée par Xianding Ma, co-fondateur de Cenponts Healthcare, une société hongkongaise dont la mission est de rapprocher les acteurs industriels européens et chinois dans la santé. En Chine, le marché des medtechs (dispositifs médicaux) a explosé, passant de 12 milliards de yuans (1,64 Mds €) en 2002 à 260 milliards de yuans (35,5 Mds €) en 2012. « L’investissement de la Chine à l’étranger est de 40 Mds $, soit 23 Mds$ en Europe et 15 Mds$ aux Etats-Unis » a précisé Xianding Ma.

« Le sujet clé dans les trente années à venir est le vieillissement de la population tant en France qu’en Chine » a insisté Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, qui s’exprimait en tant que titulaire de la chaire transition démocratique, transition économique. Notant le déséquilibre de la balance commerciale entre la France et la Chine (30 Mds €), selon lui, la solution de l’amélioration de ces relations commerciales passe « peut-être » par le dossier santé. Quant aux biotechs ou medtechs françaises, même cotées en bourse, elles sont sous-valorisées, ce qui les expose à être rachetées par des investisseurs chinois. Pas n’importe lesquelles : celles qui ont obtenu le marquage CE ou qui arrivent en phase 2b ou 3 d’essais cliniques.

Qu’en disent les VC (Capital Venture) français?

« Nous avons une activité « mezzanine » en Chine avec un bureau de 2 personnes à Shanghaï mais nous investissons les 2 tiers de nos fonds en Europe de l’Ouest et un tiers aux Etats-Unis » indique Raphaël Wisniewski, directeur associé d’Edmond de Rothschild Investment Partners(1Mds € en gestion) qui investit dans les sciences de la vie (medtechs, biotech). « Nous avons ouvert un bureau à Shanghaï il y a dix ans, c’était tôt alors mais c’est probablement trop tard actuellement» a déclaré Antoine Papiernik, associé de Sofinnova Partners, un fonds qui gère 1,5 Mds  au travers de plusieurs fonds dont le fonds 8 dédié à la santé, doté de 300 M€ (2/3 Europe, 1/3 US). « Je reviens d’un voyage en Chine et j’ai rencontré des sociétés dont personne ne connaît le nom en Europe et qui ont des CA de l’ordre du milliard d’euros » relate-t-il, ajoutant.« Nous cherchons de l‘argent pour nos entreprises de portefeuille, d’abord, mais aussi pour alimenter nos fonds, auprès de potentiels LP chinois ». Quant à Philippe Pouletty, médecin immunologiste, à la fois entrepreneur, fondateur et co-fondateur de sociétés et notamment en 2006 du fonds Truffle Capital doté de 800 M€,  il a exprimé ses positions : « Nous investissons à une heure ou deux de chez nous. Pour bien investir en Chine, il faut y être souvent. Nul doute que d’ici 5 à 20 ans, le secteur de la santé chinois dépassera celui de l’Europe et des Etats-Unis. (…)Le système réglementaire chinois est complexe et il a beaucoup évolué. Nous cherchons à nouer des partenariats avec des investisseurs spécialisés ». Xianding Ma confirme que « pénétrer le marché chinois suppose de  s’intégrer ou de très bien connaître les entreprises de fonds chinois ». C’est le cas d’Hervé Descazeaux de Cathay Capital, un fonds cross border (qui pèse 1,3 Mds €) implanté en Europe, en Chine et aux Etats-Unis (sur 60 personnes, 20 personnes en Chine et 15 à Paris) qui accompagne les sociétés françaises en Chine. « Nous co-investissons avec des sociétés chinoises et françaises. C’est possible de bien collaborer, il ne faut pas en avoir peur. Travailler avec des fonds chinois ce n’est pas différent. Il y a une révolution ». Ce fut alors au tour de Fei Yang, associé principal d’IDG Capital, de présenter le N° 1 des fonds de capital chinois. « L’ADN d’IDG est américain », insiste-t-il. IDG a été fondé par un chinois vivant aux Etats-Unis lorsqu’il avait 20 ans qui a transféré cet ADN en Chine et fréquente à présent les plus hautes sphères politiques. « Futurs partenaires, je veux me souvenir de vous, de vos visages, de vos histoires » déclare-t-il dans un style imagé. « En Chine, nous avons une population immense et nous avons mis en œuvre une politique de couverture de santé depuis 2000. Le marché chinois a des besoins énormes et une certaine idée de l’innovation. Ce sont des opportunités majeures autant pour les français que pour les chinois dont le niveau de vie a augmenté. Il faut saisir l’occasion. Le marché médical chinois est devenu un grand marché, le deuxième au monde. Notre CEO (IDG) a l’expertise d’intégrer toutes les forces au monde. Nous avons la possibilité de dessiner un arc en ciel entre la Chine et la France. Avec fermeté, Philippe Pouletty annonce la couleur : « J’aimerais parler avec Fei Yang. Il faudrait qu’il intervienne auprès du gouvernement chinois pour obtenir que, si une entreprise française mène des études cliniques, elle puisse le faire simultanément en Europe, aux Etats-Unis et en Chine pour éviter les délais d’attente à l’entrée du marché ». Les principes de la négociation sont posés.

 

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