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Des valves cardiaques à la française

Le Congrès Euro PCR 2017 en Médecine de cardiologie interventionnelle a réuni du 16 au  19 mai dernier  plus de 2000 participants  à Paris autour des industriels du secteur,  américains ou européens : Boston Scientific Group qui vient de racheter Symetis fin mars, Abbott, GE Healthcare, Siemens Healthiners, Boeringher Ingelheim, …

Une exposition conçue par Boston Scientific Advancing for Science et Biotronik célébrait les 40 ans de l’angioplastie, une technique médico-chirurgicale de modification d’un vaisseau sanguin, ou d’une artère. Un hommage y était rendu à Andreas Grüntzig, un cardiologue suisse dont la vision a transformé la discipline. En 1977, il a réalisé la première angioplastie coronarienne percutanée. Il a aussi inventé le premier cours de démonstration en direct. Alain Cribier, inventeur du TAVI (Transcatheter Aortic Valve Implantation), figurait en bonne place parmi les pionniers.

Force est de constater que les trois premiers inventeurs de valves percutanées sont des français : d’abord  le Dr Philippe Bonhoeffer qui exerçait à l’Hôpital Necker à Paris.  Puis en 2002, c’est au tour du cardiologue rouennais, Alain Cribier, d’inventer la première valve percutanée implantable par voie mini-invasive (via des cathéters) qui  utilise des stents à ballons coronaires.

« J’ai créé la société Percutaneus Valve Technology en 1999. A l’époque implanter une valve par voie non chirurgicale était une idée totalement folle. Vu l’échec en France où c’était considéré comme infaisable, j’ai fait appel à Martin Leone, un cardiologue américain, puis à une start-up israélienne pour développer les prototypes. Les premiers essais pré-cliniques, expérimentation chez l’animal, ont été réalisés à l’Hôpital Montsouris à Paris. Nous avons commencé à implanter chez l’homme dans un hôpital de Rouen où j’étais chef de service en 2000. La société a été rachetée deux ans plus tard par Edwards Life Science (8500 personnes), une société américaine », raconte-t-il.

Le troisième inventeur français, c’est Jacques Seguin qui, en 2004, a développé des stents en Nitinol, un alliage à mémoire de forme, mélange de nickel et de titane,  utilisé dans l’aéronautique. Ce matériau confère au stent autoexpansible,  la propriété de se contracter quand on le trempe dans l’eau à une température de 8° C de manière à pouvoir l’introduire dans un cathéter de 3 mm de diamètre. Le stent se déploie à 37°C quand il atteint la voie coronaire,  pour prendre sa pleine dimension,  à  un diamètre de 23, 26 ou 29 mm selon les modèles.

La société CoreValve a démarré  sur le plateau technologique de la rue de Provence à Paris, où se trouve actuellement la société Stentys. Les médecins et ingénieurs biomédicaux français ont  mené les études cliniques très rapidement jusqu’à obtenir le marquage CE pour un coût de développement de 80 à 100 millions d’euros.  Malheureusement, la société n’a pas réussi à lever des fonds suffisants pour passer le cap de la croissance et de l’expansion commerciale. Elle a donc été rachetée pour 900 M€ en 2009 par Medtronic, leader mondial américain des dispositifs médicaux (80.000 salariés). Il est désolant de constater que désormais les chirurgiens en cardiologie interventionnelle doivent se procurer les valves rebaptisées Evolut en les achetant à l’étranger. Et de fait, la fabrication se fait aux Etats-Unis en Californie.  Il y a toute une Valve Valley où, dans une même rue, des milliers de couturières asiatiques  travaillent avec minutie à effectuer les 1200 points de suture nécessaires pour confectionner une seule valve à clapet anti-retour en tissu biologique (péricarde porcin).

Il y a 4 ans, après avoir pris sa retraite, Alain Cribier  a participé à l’émergence à Rouen du Medical Training Center, au top en Europe, où toutes les disciplines chirurgicales sont enseignées sur la base de la simulation, associée à une plateforme ouverte aux startups. Désormais, il accompagne une société disruptive telle que Robocath. Une pépite normande qui vient de lever 4,7 M€. Puisse-t-elle rester française.

 

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